Comme on se ressemble!
Sonia Bouchard et Maryse Tremblay étaient enchantées de leur tournée de sensibilisation à la déficience intellectuelle dans les classes des écoles primaires.
Parler devant toute une classe peut être vraiment intimidant. Et pourtant, cinq personnes avec une déficience intellectuelle ont relevé haut la main ce défi en rencontrant, en une semaine, quelque 475 enfants, afin de les sensibiliser à la déficience intellectuelle.
À tour de rôle, elles ont accompagné Julie Trudeau de l’Association de la déficience intellectuelle de la région de Sorel-Tracy (ADIRS), dans sa tournée des classes.
C'est dans le cadre de la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle, qui s'est tenue du 10 au 16 mars dernier, que les élèves des classes de quatrième, cinquième et sixième année du primaire des écoles Au Petit Bois, Maria-Goretti, Sainte-Victoire et Pierre-de-Saint-Ours, ont été rencontrés.
La déficience intellectuelle : un état permanent
Chaque élève recevait un cahier d'activités. On y expliquait, notamment, ce qu'est la déficience intellectuelle, les différents types de déficiences, les causes, la différence avec la maladie mentale, etc. « On leur faisait comprendre que la déficience intellectuelle n'est pas une maladie, mais bien un état permanent qui ne peut pas se guérir, explique Mme Trudeau. Même en essayant toutes les pilules du monde, après 47 thérapies ou rendu à 45 ans, tu l'as encore. Et non, ce n'est pas contagieux », illustre-t-elle.
« Les enfants étaient étonnés d'apprendre qu'il y a environ 230 000 personnes au Québec qui vivent avec une déficience intellectuelle. Ils risquent donc d'en croiser dans leur vie! Parmi celles-ci, 88 % ont une déficience légère et seulement 5 % ont une déficience sévère », explique-t-elle.
Malgré le faible pourcentage de personnes ayant une déficience sévère, ce sont ces personnes qui marquent les gens, tandis que les personnes avec une déficience légère se fondent dans la masse.
Mais au-delà du guide, ce qui intéressait les enfants avant tout, c'était de poser des questions! Pendant une heure, Maryse Tremblay et Sonia Bouchard, deux jeunes femmes avec une déficience intellectuelle légère, ont répondu avec patience à l'avalanche de questions des jeunes.
« Ils veulent avant tout savoir ce qu'elles font de leur vie, de leurs journées. Est-ce qu'elles ont des compétences? Les enfants sont curieux », indique Mme Trudeau.
Et oui, des compétences, elles en ont et Sonia était d'ailleurs bien fière de montrer aux élèves les bracelets, les foulards et les toiles qu'elle réalise elle-même. « Ils étaient bien impressionnés de voir ce que je fais! » lance la jeune femme, qui est un véritable moulin à paroles. Dans la classe, je ne suis pas arrêtable! », rigole-t-elle, d'un sourire contagieux. Ses différences, elle les assume pleinement et répond, sans gêne, à toutes les questions des élèves.
De son côté, Maryse en était à sa première expérience. Plutôt timide au départ, sa gêne s'est rapidement dissipée. « Je vais à l'école. J'aime toutes les matières : la géographie, les mathématiques et le français. Trois fois par semaine, je fais un stage au cégep. Je m'occupe de l'entretien. J'aime beaucoup ça. Je fais aussi le lavage et la vaisselle chez Chantale (sa famille d'accueil). Je suis heureuse », lance-t-elle derechef lorsqu'on lui demande de parler de son quotidien.
Miser sur les ressemblances
Pour Mme Trudeau, les témoignages des différentes personnes avec une déficience intellectuelle permettent de faire la démonstration aux élèves qu'ils ont des points en commun : « Il existe encore beaucoup d'idées préconçues lorsqu'il est question des capacités de ces personnes. Les enfants se rendent compte qu'elles vont elles aussi à l'école, qu'elles n'aiment pas les maths ou qu'elles aiment faire du bricolage…»
Même si le travail de sensibilisation est loin d'être terminé, la directrice de l'ADIRS, Marie-Reine Rehel, constate que la situation s'est améliorée depuis les 15 dernières années. D'ailleurs, le vocabulaire a lui aussi changé. «
Avant, quand on sortait, je peux vous dire que notre groupe se faisait regarder. Maintenant, on sent qu'il y a une ouverture, d'où l'importance de travailler avec les enfants dès le plus jeune âge. Par le fait même, ils en profitent pour sensibiliser leur entourage, dit-elle. La tournée des classes, il faut pouvoir la refaire chaque année. »
Et qu'une fois pour toutes, les mots « infirmes », « mongols », « fous du village », « débiles » ou « malades mentaux » appartiennent à une autre génération…
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