Autres temps, autres mœurs!
Allaitement, marraine de lactation, contact peau à peau avec le bébé : le rapport qu'on entretien avec le nourrisson s'est transformé radicalement en moins d'un demi-siècle. De nos jours, il peut apparaître inconcevable qu'une inconnue prenne soin de notre bébé durant les premiers jours de sa vie.
Pourtant, ils ont été des dizaines de familles soreloises à confier leur poupon aux soins de la Soreloise Céline Goulet. De 1959 à 1968, cette infirmière de formation a été à la tête d'une pouponnière privée, située dans sa résidence de la rue Cardin, à Sorel-Tracy.
De salon… à pouponnière
Âgée aujourd'hui de 84 ans, Mme Goulet se rappelle cette période de sa vie avec une mémoire impressionnante. Native de Saint-Damase, elle obtient en 1951 son diplôme d'infirmière à Verdun. Elle pratique son nouveau métier à Montréal, et quitte pour Sorel en 1953, où elle travaille à l'hôpital Richelieu, puis à l'Hôtel-Dieu.
Immédiatement, elle est attirée par le département de la maternité. Après son premier enfant, les médecins sont convaincus qu'il sera le seul. Elle décide alors d'adopter un garçon. « J'ai décidé que mon enfant ne serait pas élevé par les voisins », dit-elle. C'est alors qu'elle devient… entrepreneure!
Avec l'aide de son défunt époux, Marcel Goulet, dessinateur pour Sorel Industries, elle transforme le salon de sa maison en pouponnière. Elle met la main sur 12 petits lits prévus à cet effet et obtient un permis du gouvernement pour opérer.
« Je n'ai jamais eu besoin de faire d'annonce. Les médecins me connaissaient et me référaient des familles. J'ai eu les bébés des grandes familles de Sorel : les Lussier, les Simard, etc.», raconte-t-elle. Elle admet que c'était un service que seules les familles aisées pouvaient s'offrir.
Il lui arrive d'ailleurs encore de rencontrer des mères qui se souviennent de lui avoir confié leur bébé. Contrairement aux garderies d'aujourd'hui, Mme Goulet explique que les bébés passaient toute la journée et toute la nuit dans sa pouponnière.
La plupart des bébés y étaient gardés de 15 jours à un mois, et plus rarement, jusqu'à six mois. « Les familles me laissaient leur bébé pour que la mère puisse se reposer après l'accouchement. Souvent, elle avait déjà plusieurs autres enfants à s'occuper. Quand on revenait les chercher après leur séjour, on voulait que le bébé fasse ses nuits », explique-t-elle.
« J'avais fait installer une porte vitrée pour que les visiteurs puissent regarder, sans rentrer dans la pouponnière. Les visites étaient permises en semaine, de 19 h à 21 h, et la fin de semaine, de 13 h à 21 h. Le bébé arrivait ici à cinq jours, puis je voyais normalement les parents pour le baptême, mais ils revenaient rarement. Ils venaient me porter la robe de baptême et je devais préparer l'enfant. J'en ai tellement habillés! » lance-t-elle, en rigolant.
Si les visites sont strictes, la propreté des lieux l'est tout autant. Il faut dire que le gouvernement peut débarquer en tout temps pour conduire des inspections surprises. « C'est moi qui fournissais tous les vêtements.Pour éviter les microbes, je ne voulais pas qu'on m'apporte du linge de l'extérieur, explique-t-elle. Je faisais bouillir les couches en coton, les pyjamas et je devais stériliser toutes les bouteilles, qui étaient en verre à cette époque.»
Toute une routine!
La routine est serrée : les bains sont donnés de 9 h à 10 h chaque jour et les boires à 6 h, 10 h, 14 h, 18 h, 23 h et parfois 2 h. « Je leur donnais de l'eau la nuit pour les habituer à ne pas se réveiller pour demander du lait », précise-t-elle. Lait de vache, lait en poudre ou lait concentré sucré, chaque famille a sa préférence, que Mme Goulet doit respecter.
L'allaitement n'est pas du tout à la mode, ni recommandé, dans les années 1950 et 1960. En plus de la préparation des biberons, elle doit s'assurer de la corvée de lavage. « Pour les couches, je devais les rincer, les faire tremper, les laver à la machine, puis les étendre sur la corde parce qu'on n'avait pas de sécheuse. J'en ai lavé des couches, tu ne peux pas t'imaginer! » poursuit-elle.
S'occuper d'une dizaine de bébés naissants par jour n'est pas de tout repos et c'est pourquoi elle compte sur l'aide de son mari, et aussi de voisines et connaissances qui viennent lui porter main forte. « Je n'ai jamais compté mes heures; c'était une responsabilité de 24 h sur 24. Je dormais l'après-midi, pendant que Mmes Routhier et Cusson étaient là ». Si un bébé tombe malade, c'est le médecin qui se déplace chez Mme Goulet, bien que sa formation d'infirmière lui soit alors un atout indéniable.
Quant aux garderies comme on les connait à notre époque, Mme Goulet n'a pas de souvenir qu'il en existait des semblables alors qu'elle avait sa pouponnière. « Il y avait d'autres dames à Contrecoeur, Sorel et Saint-François-du-Lac qui avaient des pouponnières comme la mienne. D'autres faisaient ça, mais sans le déclarer. C'était pour aider. Sinon, la majorité des femmes à cette époque restaient à la maison pour s'occuper des enfants », se remémore cette femme moderne, qui a obtenu son permis de conduire en 1954.
Le temps de la retraite
D'ailleurs, une fois ses trois enfants (Martin, Jacinthe et Richard) assez grands pour aller à l'école, elle ferme les portes de sa pouponnière et elle retourne travailler à l'hôpital pendant 29 ans et obtient même le poste de chef de département. Elle prend sa retraite à 62 ans et perd son mari à 71 ans. Aujourd'hui, à 84 ans, elle occupe toujours sa maison de la rue Cardin et conduit sa voiture malgré quelques douleurs au genou. « Me vois-tu devoir me fier à quelqu'un pour aller faire mes petites affaires? Il n’y a pas longtemps, je montais moi-même à Montréal, mais avec la construction sur la route, j'ai arrêté. » Et dire qu'au lendemain de l'entrevue, Céline Goulet attendait une copine, une ancienne « garde malade », pour aller à son « cours de mémoire »
RECOMMANDÉS POUR VOUS

Les bienfaits de l'exercice physique face à un cancer
La pratique d'une activité physique structurée chez les patients atteints d'un cancer est associée à une amélioration de la survie et à une réduction du risque de récidive, allant donc bien au-delà des soins de soutien et des traitements symptomatiques, rapporte une nouvelle méta-analyse taïwanaise. Ces résultats s'inscrivent dans le ...
LIRE LA SUITE
Le taux de fécondité a légèrement augmenté au Québec en 2025
Le nombre de naissances d'une année à l'autre a augmenté au Québec en 2025 pour la première fois depuis 2021, mais reste bien en deçà du seuil prépandémique. Statistique Canada a recensé 78 200 naissances en 2025, soit 974 bébés de plus qu'en 2024, où 77 226 nouveaux Québécois avaient vu le jour. Le taux de fécondité a lui aussi ...
LIRE LA SUITE
Les escaliers sont bons pour le cœur
Les personnes qui montent régulièrement des escaliers pourraient présenter un risque nettement moindre de développer des problèmes cardiovasculaires et d'en mourir, conclut une nouvelle méta-analyse britannique. Les chercheurs ont analysé les données issues de neuf études antérieures portant sur la montée d’escaliers, auxquelles avaient ...
LIRE LA SUITE