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Rapport du Conseil des académies canadiennes

Résilience climatique: le Canada utilise des données désuètes

durée 15h00
15 janvier 2022
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Temps de lecture :

4 minutes

Par La Presse Canadienne

Pour diminuer l’impact du nombre grandissant de phénomènes météorologiques violents auxquels les Canadiens sont exposés, nos dirigeants doivent augmenter la résilience des communautés.

Pour y arriver, il importe d’avoir des données scientifiques fiables, mais les gouvernements canadiens se fient souvent à des données désuètes, selon un rapport commandé par Sécurité publique Canada au Conseil des académies canadiennes (CAC).

Imaginez une ville canadienne de taille moyenne qui est frappée par une inondation majeure. Un vieux réseau de digues et de talus se brise, la catastrophe s’amplifie rapidement et l’état d’urgence est déclaré.

Des citoyens périssent dans la tragédie, des routes sont englouties, des maisons et des commerces sont détruits. Les coûts économiques qui s’ensuivent sont immenses pour les gouvernements et les citoyens qui doivent composer avec les effets sur la santé physique et mentale et la perspective de ne pas être remboursés par les assureurs. 

On réalise ensuite que la Ville avait permis la construction d’un quartier sur une zone inondable pour répondre à la pression démographique et pour engranger davantage de taxes foncières. On se rend également compte après coup que l’inondation a détruit des édifices qui n’étaient pas en zone inondable, du moins selon les données que possédait l’administration municipale, parce que les cartes des zones inondables de la ville étaient périmées et n’étaient pas adaptées aux changements climatiques.

Ce scénario catastrophe est semblable à ce qu’ont vécu des villes canadiennes dans les dernières années, mais il est évitable, car «les catastrophes ne sont pas naturelles; elles sont le résultat de décisions qui mettent des personnes et des structures en danger», souligne le rapport du CAC.

Des données scientifiques fiables
Le rapport indique que les gouvernements canadiens prennent souvent des décisions basées sur des données météorologiques incomplètes et des cartes d’inondation obsolètes.

Même la Base de données canadienne sur les catastrophes, qui est censée suivre en détail tous les types de catastrophes où plus de 10 personnes sont tuées ou au moins 100 personnes sont touchées, n’a pas été mise à jour depuis près de trois ans.

Dans un contexte où le passé n’est plus nécessairement garant de l’avenir, car les événements climatiques extrêmes augmenteront en intensité et en fréquence, il est de plus en plus important d’avoir accès à des données scientifiques fiables, fait valoir le directeur général d’Ouranos, Alain Bourque, qui fait partie du Comité d’experts sur la résilience aux catastrophes face aux changements climatiques du CAC.

«Historiquement, on s’est beaucoup adapté en se basant sur l’expérience pour gérer les risques, mais avec les changements climatiques, les surprises vont être de plus en plus fréquentes, alors il faut commencer à intégrer davantage de données scientifiques pour anticiper les catastrophes futures», souligne le directeur d’Ouranos.

Difficulté à communiquer les risques
Le rapport met également l’accent sur la difficulté qu’ont les chercheurs à communiquer aux citoyens et aux décideurs les risques liés aux changements climatiques et l’importance de mettre en place des mesures de résilience.

«Parfois, un risque devient grandissant, mais les gens ne le réalisent pas, ils ne réalisent pas les impacts qui peuvent être extrêmement importants, et si les gens l’apprenaient, ils blâmeraient probablement quelqu’un en disant “pourquoi vous ne m’avez pas dit que j’étais en zone inondable, et que je vais me faire complètement inonder et subir un traumatisme majeur?”», explique Alain Bourque en entrevue à La Presse Canadienne.

Le rapport indique qu’un sondage réalisé en 2016 montre que seulement 6 % des Canadiens vivant dans une zone propice aux inondations désignée étaient conscients de ce risque.

«Plus les gens auront accès aux données, plus ils devraient être en mesure de prendre de bonnes décisions», rappelle le président du comité d’experts, Scott Vaughan.

La prévention: un bénéfice économique
Les auteurs du rapport font valoir que le coût de la prévention et de la préparation aux catastrophes est plusieurs fois inférieur à celui de l’intervention et du rétablissement.

Par exemple, le rapport indique qu’une analyse a révélé que chaque dollar dépensé dans la réduction des risques d’inondation des sous−sols résidentiels permettait d’économiser 11 $.

Les chercheurs soulignent qu’en 2020, les catastrophes naturelles ont causé 2,4 milliards $ de dommages assurés au Canada et que ces pertes «représentent seulement une fraction des coûts économiques totaux des catastrophes».

Malheureusement, il suffit parfois qu’une catastrophe se produise pour qu’une communauté décide de mettre en place des mesures de résilience et d’adaptation.

«Le succès qu’ont connu les municipalités de Nouvelle−Écosse en matière d’accroissement de l’adaptation a été partiellement attribué au fait qu’elles avaient subi l’ouragan Juan en 2003, qui avait rendu ce type de risque plus évident et souligné la nécessité d’agir», peut−on lire dans le rapport.

La défense par les milieux naturels
L’une des façons de «bâtir un Canada plus résilient» est de miser davantage sur des solutions basées sur la nature, selon le rapport.

Alain Bourque donne en exemple «toutes les zones marécageuses qui étaient des incroyables éponges pour absorber l’eau et pour réduire les risques d’inondations et qui ont été bétonnées».

«Malheureusement, avec le temps, avec le développement économique qui n’intégrait pas les bénéfices qui sont offerts par l’environnement naturel, ça fait en sorte qu’on est devenu plus à risque», indique le météorologue qui soutient que les inondations printanières de 2017 et 2019 au Québec et en Ontario auraient été beaucoup moins dramatiques si davantage de milieux naturels avaient été conservés.

Une meilleure collaboration entre les municipalités, les provinces et le fédéral, des polices d’assurance mieux conçues, de nouveaux codes du bâtiment et un financement public ciblé font également partie des façons d’augmenter la résilience aux catastrophes, selon le rapport des experts.

Le CAC déplore également que les professionnels de la réduction des risques de catastrophes et ceux de l’adaptation au changement climatique travaillent souvent en vase clos.

«Les silos disciplinaires et bureaucratiques conduisent souvent à une utilisation inefficace des ressources», peut−on lire dans le rapport.

En outre, le rapport d’environ 200 pages indique que les gouvernements canadiens peuvent continuer à «réagir aux catastrophes au fur et à mesure qu’elles se produisent», avec tous «les préjudices économiques, sociaux et sanitaires que cela comporte», ou alors se préparer et être proactifs et, comme l’indique le nom du rapport, Bâtir un Canada résilient.

Stéphane Blais, La Presse Canadienne

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