Afin d'éviter l'anxiété
Une étude suggère un dépistage moins fréquent pour les survivantes du cancer du sein
Les mammographies annuelles sont recommandées indéfiniment aux survivantes du cancer du sein dans de nombreux pays, mais une vaste étude britannique montre qu'un dépistage moins fréquent est tout aussi efficace.
Le dépistage annuel a pour but de vérifier si le cancer est de retour. Tous ces tests sont source d'anxiété pour les patients et coûtent de l'argent.
Au Canada, il est recommandé de passer une mammographie tous les deux ou trois ans.
Jusqu'à présent, il n'existait pas de données solides permettant de déterminer à quel moment les femmes pouvaient renoncer aux mammographies annuelles, a indiqué Janet Dunn, de l'Université de Warwick, qui a dirigé l'étude financée par l'organe de recherche du Service national de la santé du Royaume-Uni.
L'étude a montré que des mammographies moins fréquentes sont tout aussi efficaces qu'un programme annuel pour les survivantes du cancer du sein âgées de 50 ans et plus.
Les conclusions de l'étude ont été discutées vendredi lors du symposium sur le cancer du sein de San Antonio. L'étude non publiée n'a pas encore fait l'objet d'un examen complet par les pairs.
Résultats similaires
Les chercheurs ont suivi plus de 5200 femmes. Les participantes étaient âgées de 50 ans et plus et avaient subi avec succès une opération du cancer du sein, principalement une tumorectomie.
Après trois ans de dépistage annuel, la moitié d'entre elles ont été affectées au hasard à des mammographies annuelles et l'autre moitié à des mammographies moins fréquentes.
Les deux groupes ont obtenu des résultats remarquablement similaires. Six ans plus tard, 95 % des membres des deux groupes n'avaient toujours pas de cancer. Le taux de survie au cancer du sein était de 98 % dans les deux groupes.
«Il s'agit d'une étude révélatrice», a réagi la Dre Laura Esserman, spécialiste du cancer du sein à l'Université de Californie à San Francisco, qui n'a pas participé à la nouvelle étude, mais qui dirige des recherches sur une approche personnalisée du dépistage.
«Je pense que les gens seront très surpris», a-t-elle ajouté.
La nouvelle étude est «très solide», mais d'autres recherches seront nécessaires pour modifier les directives américaines, selon Corinne Leach du Moffitt Cancer Center à Tampa, en Floride. Elle a dirigé l'élaboration d'une directive américaine de 2015 qui préconise un dépistage annuel illimité pour ce type de patients.
«Une seule étude ne suffit généralement pas à faire évoluer les directives, a soutenu Mme Leach. Cette étude incite d'autres chercheurs à poursuivre leurs travaux dans ce domaine. C'est ce qui pourrait conduire à un changement.»
Dans la nouvelle étude, la plupart des femmes des deux groupes ont respecté le calendrier de dépistage qui leur avait été assigné. Certaines femmes du groupe annuel ont manqué des dépistages et certaines femmes du groupe moins fréquent ont été dépistées plus tôt que prévu.
Lorsque les chercheurs ont analysé les résultats en fonction de ce que les femmes avaient réellement fait, les conclusions sont restées les mêmes.
Les survivantes «peuvent respirer aisément» trois ans après l'intervention chirurgicale en reprenant un calendrier de mammographies moins fréquent, a déclaré Mme Dunn. Ces résultats sont susceptibles de modifier les pratiques au Royaume-Uni et «auront une influence au niveau mondial», a-t-elle déclaré.
Qu'entend-on par «moins fréquent»? Dans l'étude, cela dépendait du type de chirurgie.
Dans le groupe de dépistage moins fréquent, les femmes ayant subi une mastectomie ont passé une mammographie tous les trois ans. Celles qui avaient subi une tumorectomie, également appelée chirurgie de conservation du sein, passaient une mammographie tous les deux ans.
Les résultats ne s'appliquent pas aux jeunes femmes ayant survécu à un cancer du sein, qui ont été exclues de l'étude et qui ont tendance à avoir des cancers plus agressifs. Par ailleurs, les femmes qui subissent une ablation des deux seins n'ont pas besoin de mammographies.
«Il est grand temps d'adopter une approche plus personnalisée du dépistage, non seulement pour les femmes qui n'ont jamais eu de cancer du sein, mais aussi pour celles qui en ont eu un», a affirmé Mme Esserman.
Carla K. Johnson, The Associated Press
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