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Recommandations remises à Santé Canada

Des jeunes victimes de psychoses induites par le cannabis veulent plus d'encadrement

durée 09h00
26 mars 2024
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Par La Presse Canadienne

Deux jeunes ayant reçu un diagnostic de psychose induite par le cannabis soutiennent la recommandation d'un groupe d'experts demandant à Santé Canada d'établir une dose standard pour le cannabis. Ils affirment que cela pourrait encourager les gens à consommer de manière plus sécuritaire.

Dans un rapport publié la semaine dernière, le groupe d'experts réunis par le gouvernement fédéral pour étudier la législation qui a légalisé le cannabis en 2018 a formulé 54 recommandations, notamment l'augmentation de la taxe d'accise pour les produits plus puissants, la révision des règles d'emballage et d'étiquetage et l'introduction d'autres mesures pour atténuer les risques pour la santé des jeunes.

La psychose induite par le cannabis est particulièrement préoccupante, car la concentration de tétrahydrocannabinol (THC), qui provoque un effet euphorique, a augmenté ces dernières années et pourrait affecter le développement cérébral des adolescents, ont noté les experts qui ont demandé des étiquettes de «THC total» et que des doses standard soient inscrites sur les emballages des produits à base de cannabis.

Le comité a déclaré qu’une dose standard indiquerait la quantité de cannabis qui devrait être considérée comme une portion unique et aiderait les utilisateurs à faire de meilleurs choix.

Kalpit Sharma, d'Aurora, en Ontario, et Heath D'Alessio, de Montréal, ont 24 ans et ont suivi des parcours différents vers la consommation de cannabis. Mais les deux ont reçu un diagnostic de psychose en raison d'une forte consommation de cette drogue. Alors que Kalpit Sharma était tourmenté par des voix et des hallucinations avertissant que sa famille allait mourir, Heath Alessio voyait des visages déformés et, à un certain moment, ne pouvait plus reconnaître les gens.

Une dose standard de cannabis aiderait les gens à faire des choix éclairés et sûrs, a déclaré M. Sharma, ajoutant qu'il est important que les consommateurs soient conscients que les gens peuvent réagir différemment à une certaine quantité de THC et qu'ils devraient donc commencer avec la dose la plus faible possible.

Des délires, de la paranoïa et des voix

Il a déclaré avoir commencé à fumer du cannabis en Inde, un an avant de déménager au Canada en 2018, alors que la drogue était légalisée.

«À 19 ans, j'ai commencé à acheter de l'herbe dans les détaillants. Et peu à peu, je pensais que plus je fumais de THC, le meilleur serait l'effet», a confié M. Sharma.

Environ un an plus tard, il a commencé à entendre des voix qui interféraient avec ses études en psychologie à l'Université York de Toronto. Peu de temps après, les hallucinations se sont accompagnées d’avertissements effrayants concernant sa famille.

«Je vivais dans cette peur constante que ma famille allait mourir, que quelqu'un allait l'attraper, que j'avais fait quelque chose de mal, que j'en étais la cause profonde. Les délires et la paranoïa, en plus des voix, étaient ce qui rendait la vie très difficile».

Après que M. Sharma se soit retrouvé à l'hôpital et ait reçu un diagnostic de psychose induite par le cannabis à 21 ans, il a déclaré qu'il avait arrêté de consommer de l'herbe, mais qu'il avait continué à entendre des voix. Il a également appris qu’un cousin souffrait de problèmes de santé mentale similaires, sans rapport avec la consommation de drogues.

M. Sharma a obtenu de l'aide du Centre de toxicomanie et de santé mentale et continue de prendre des médicaments. Il se demande si le cannabis a déclenché son problème de santé mentale à un âge plus précoce que celui auquel il aurait pu être diagnostiqué.

«Si vous avez des antécédents familiaux de psychose, je vous conseillerais de consulter un professionnel de la santé avant de consommer du cannabis», a averti M. Sharma, conseiller bénévole sur le cannabis et la psychose à la Société canadienne de schizophrénie.

Heath D'Alessio a raconté avoir commencé à consommer du cannabis à l'âge de 14 ans pour socialiser avec ses pairs et pour faire face à l'anxiété et à la dépression qui avaient commencé environ un an plus tôt.

«Je consommais du cannabis assez quotidiennement et je ne m'en cachais pas au secondaire», a raconté Heath D'Alessio, ajoutant avoir arrêté «d'un seul coup» peu de temps après le début d'hallucinations de visages «moins humains». On lui a diagnostiqué une psychose induite par le cannabis à l’âge de 17 ans.

Heath D'Alessio, qui conseille également auprès du projet cannabis et santé mentale de la Société canadienne de schizophrénie, a soutenu qu'il est important d'indiquer une dose standard sur les produits à base de cannabis afin que les gens puissent être conscients de la façon dont leur consommation peut les affecter.

«Dix milligrammes de THC dans un produit comestible vous affecteront de manière très différente que 10 milligrammes que vous fumez, mais je pense que c'est là que nous avons besoin de plus qu'une simple dose standard sur les étiquettes, a affirmé Heath D'Alessio. Nous avons besoin d'une éducation plus enrichissante sur les drogues pour le public en général ainsi que pour les jeunes en particulier.»

L'éducation est particulièrement nécessaire si les jeunes peuvent obtenir du cannabis sur le marché non réglementé, a affirmé Heath D'Alessio. Au Québec, l'âge légal pour acheter du cannabis est de 21 ans. Dans le reste du pays, les consommateurs peuvent l'acheter à 19 ans, sauf en Alberta, où l'âge légal est de 18 ans.

Le groupe d'experts, qui comprend un psychologue clinicien qui étudie l'impact de la consommation de substances sur le développement du cerveau des adolescents ainsi que sur la psychose induite par le cannabis, a soutenu par courriel qu'il est complexe d'établir des unités comparables pour différentes classes de produits, et qu'il existe de grandes différences entre la manière dont le cannabis peut être consommé, métabolisé et expérimenté.

«Malgré la complexité, le comité estime qu'il est important de donner aux consommateurs des informations simples et faciles à comprendre sur le niveau d'intoxication auquel ils peuvent s'attendre en consommant un produit à base de cannabis», a-t-il déclaré.

Santé Canada a déclaré qu'elle examinait les recommandations du groupe.

Les problèmes de santé mentale sont depuis longtemps associés à une consommation excessive de cannabis, et la dernière étude canadienne établissant ce lien a été publiée en février dans la revue en libre accès de Lancet, «eClinical Medicine».

L'étude a analysé les données sur la santé de 12 millions d'Ontariens entre 2008 et mars 2019 et a révélé que même si les personnes de tous âges qui se sont rendues aux urgences à cause du cannabis couraient un risque plus élevé de développer de nouveaux troubles anxieux, le risque était particulièrement élevé pour les hommes jusqu'à l'âge de 24 ans.

En attente de dose recommandée pour l'alcool

Alors que Santé Canada a déclaré dans son courriel qu'une dose standard de cannabis serait l'équivalent d'une boisson standard pour l'alcool, ni le gouvernement fédéral ni le gouvernement provincial n'ont donné suite aux recommandations de janvier 2023 concernant l'étiquetage obligatoire des contenants d'alcool émises par le Centre canadien sur les dépendances et l'usage de substances.

Le centre a demandé des étiquettes indiquant le nombre de verres standard par contenant, en fonction de la concentration d'alcool dans une boisson, dans le cadre de ses dernières directives sur la consommation d'alcool qui recommandent de limiter la consommation à deux verres par semaine.

Les lignes directrices sur le site Web de Santé Canada continuent de suggérer des limites de deux verres standard par jour pour les femmes et de trois verres pour les hommes, sur la base des recommandations de 2011.

La couverture santé de la Presse Canadienne reçoit le soutien d'un partenariat avec l'Association médicale canadienne. La PC est la seule responsable de ce contenu.

Camille Bains, La Presse Canadienne

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