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Selon l'INSPQ

Le taux de suicide stagne chez les aînés, le Québec se démarque du reste du monde

Le taux de suicide stagne chez les aînés, le Québec se démarque du reste du monde
Photo: La Presse Canadienne, 2024
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Le taux de suicide de la population générale du Québec a chuté de façon importante au cours des dernières décennies, mais pas de manière égale pour tous les groupes d'âge. Le taux de suicide des femmes aînées est demeuré stable et celui des hommes aînés a connu une légère baisse, indique l'INSPQ dans son Portrait des comportements suicidaires chez les personnes aînées au Québec.

«Le taux de suicide chez les personnes aînées de 65 ans et plus, sexes réunis, ne semble pas avoir diminué depuis plusieurs années alors que cette population cumule actuellement plus de 200 suicides annuellement», peut-on lire dans le document de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Il n'y a toutefois pas lieu de s'alarmer, selon Brian L. Mishara, fondateur et directeur du Centre de recherche et d'intervention sur le suicide, enjeux éthiques et pratiques de fin de vie (CRISE) à l'UQAM.

«La seule raison pour laquelle les aînés n'ont pas le plus faible taux de suicide de tous les groupes d'âge, c'est le fait que le taux des jeunes a descendu tellement que ça a diminué en dessous, explique-t-il. Mais c'est une situation vraiment spéciale. Quand on compare [avec la] France, le taux des aînés est le plus élevé, c'est trois fois plus que la moyenne pour le pays en France. C'est trois fois plus qu'au Québec.

«Quand on regarde le rapport de l'OMS sur le suicide dans le monde, il conclut que les personnes âgées ont généralement le plus haut taux de suicide. Le Québec, ça a été absolument le contraire depuis longtemps et ça continue à rester relativement faible par rapport aux autres groupes d'âge», expose M. Mishara.

Hausse des hospitalisations pour tentative de suicide

L'INSPQ a aussi noté qu'au cours des 14 dernières années, le taux d’hospitalisations attribuables aux tentatives de suicide chez les aînés a augmenté, passant de 16,0 hospitalisations par 100 000 personnes en 2008 à 25,5 en 2022, soit une hausse de 3 % par année en moyenne.

En 2022, il y a eu 461 hospitalisations attribuables aux tentatives de suicide chez les personnes âgées.

M. Mishara apporte toutefois un bémol sur ces données. Il explique que souvent, la raison qui est indiquée dans le dossier médical de la personne hospitalisée est le type de blessure qu'elle a subie. Par exemple, on pourrait mentionner au dossier une intoxication médicamenteuse, mais sans préciser que c'était une tentative de suicide.

«Nous ne savons pas si l'augmentation des hospitalisations cotées comme étant une tentative de suicide est une vraie augmentation des tentatives de suicide chez les aînés qui arrivent à l'hôpital ou c'est une sensibilisation de la part des intervenants aux urgences de ne pas seulement indiquer le type de blessure, mais aussi ajouter un deuxième code qui indique que c'était dans le cadre d'une tentative de suicide ou que c'est autoinfligé intentionnellement», souligne le psychologue.

Il met de l'avant que les aînés sont moins en détresse psychologique en comparaison avec les autres groupes d'âge, selon plusieurs sondages au Canada. «Il n'y a pas d'indication que ça va mal. Ils sont plus contents que les autres groupes d'âge avec leur vie en général», pointe le spécialiste.

M. Mishara fait valoir que lorsqu'il y a plus d'hospitalisations, il y a normalement plus de décès puisqu'une partie des personnes hospitalisées meurent. Il émet donc l'hypothèse qu'il n'y a pas plus de comportements suicidaires, mais qu'on est en train de mieux codifier et identifier les personnes âgées qui sont hospitalisées pour tentative de suicide.

Aide médicale à mourir

On peut se demander si la loi sur l’aide médicale à mourir au Québec, qui est entrée en vigueur à la fin de 2015, a eu des impacts sur le taux de suicide. L'INSPQ avance que la loi, combinée à la promotion médiatique du droit de mourir dans la dignité, pourrait avoir «influencé l’attitude des personnes aînées quant à la mort de différentes façons». L'institut nuance que des études sont nécessaires pour déterminer si ces éléments pourraient avoir eu un impact, à la hausse ou à la baisse, sur le taux de suicide au fil du temps.

En général, les recherches indiquent que l'aide médicale à mourir n'a pas un effet sur le taux de suicide, précise M. Mishara. Au Québec comme ailleurs dans le monde, à peu près 90 % des personnes qui meurent par suicide ont une maladie mentale «diagnostiquable», et les aînés ne font pas exception, dit-il.

«Il y a des recherches qui indiquent qu'on pourrait mieux prévenir les suicides chez les aînés si on était en mesure de ne plus minimiser la maladie mentale, les symptômes de dépression comme étant quelque chose de normal avec le vieillissement», explique le psychologue.

Avec le vieillissement de la population, le nombre absolu de personnes de 65 ans et plus qui s’enlèvent la vie est à la hausse. En 2021, 224 personnes aînées de 65 ans et plus se sont suicidées, ce qui équivaut à près du quart de l’ensemble des suicides chez les adultes de 20 ans et plus.

Le taux de suicide des hommes aînés est plus élevé que celui des femmes du même âge et il est aussi plus élevé que chez les jeunes hommes de 20-34 ans.

M. Mishara réitère que ce n'est pas particulièrement inquiétant. Il rappelle néanmoins l'importance de la prévention pour tous les âges, y compris pour les personnes âgées. Il se réjouit de la performance du Québec, mais il se demande comment il se fait que ce soit différent dans la province alors que l'Organisation mondiale de la santé indique que le groupe qui a le taux de suicide le plus élevé est généralement chez les aînés. Il faut faire des recherches là-dessus, croit l'expert.

Si vous pensez au suicide ou vous inquiétez pour un proche, des intervenants sont disponibles en tout temps au 1 866 APPELLE (1 866 277-3553), par texto (535353) ou par clavardage à suicide.ca.

Le contenu en santé de La Presse Canadienne obtient du financement grâce à un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est l’unique responsable des choix éditoriaux.

Katrine Desautels, La Presse Canadienne

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