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Chemin de croix

La loi sur la laïcité plane sur le Vendredi saint au Québec

durée 12h00
3 avril 2026
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Par La Presse Canadienne

Les chrétiens du Québec s'apprêtent à faire face à un nouveau contexte légal ce Vendredi saint, à peine un jour après l'adoption par l'Assemblée nationale d'une loi susceptible de restreindre leurs processions annuelles du Chemin de croix.

À Montréal, plusieurs centaines de personnes devraient se joindre à l’archevêque Christian Lépine pour une marche de «prière, de réflexion et de silence» qui serpentera dans les rues derrière un grand crucifix, s’arrêtant devant plusieurs églises historiques pour commémorer le chemin de croix de Jésus.

Mais cette tradition de la fin de semaine de Pâques risque de devenir plus difficile à organiser dans les années à venir, maintenant que la province a adopté une loi interdisant la prière publique.

Le gouvernement du Québec a adopté jeudi une loi étendant l’interdiction du port de symboles religieux dans les lieux de travail publics aux employés des garderies, interdisant les salles de prière dans les institutions publiques et interdisant la prière publique sans consentement municipal explicite.

Martin Laliberté, président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, estime que la nouvelle loi relègue les personnes religieuses au rang de citoyens de seconde classe.

Il a fait remarquer que des fermetures de rues et des manifestations publiques ont lieu tout le temps, notamment pour des événements sportifs, des manifestations et des événements culturels.

«Si on le fait pour des raisons religieuses, on n'a plus le droit, a-t-il indiqué mercredi lors d’une entrevue. Les gens qui sont croyants dans la société deviennent des citoyens de deuxième classe qui n'ont pas le droit, comme tous les autres citoyens, de pouvoir vivre une manifestation dans un lieu public au nom de leur foi.»

Il a ajouté que les organisateurs du Chemin de Croix et d’autres marches se sont toujours coordonnés avec les autorités locales et ont respecté les règles municipales, mais qu’ils n’avaient jamais auparavant dû demander une autorisation expresse pour organiser leurs événements.

«Ce qui était un droit devient maintenant un non-droit», a souligné M. Laliberté.

La nouvelle loi, a-t-il ajouté, laisse les églises à la merci de la bonne volonté des conseils municipaux, qui peuvent décider d'accorder ou non des autorisations pour l'événement.

M. Laliberté a mentionné que les hauts responsables catholiques craignent que la nouvelle loi aille bien au-delà de son impact sur les processions cérémonielles.

Il a noté que la législation invoque des pouvoirs qui permettent à la province de passer outre certaines sections de la Charte et de protéger la loi sur la laïcité contre les contestations judiciaires.

«On passe par dessus parce que ces chartes assurent le droit et la liberté de religion publiquement», a avancé M. Laliberté.

Mais avec la nouvelle loi, les gens n'ont plus ce droit, a-t-il affirmé.

«Il y a un changement complet», a-t-il précisé.

M. Laliberté a indiqué que les évêques catholiques du Québec avaient participé aux consultations sur la nouvelle loi, au cours desquelles ils avaient exprimé une inquiétude particulière concernant l’interdiction de la prière publique et l’extension de l’interdiction des symboles religieux.

Il a mentionné que les politiciens semblaient à l’écoute, mais qu’ils n’étaient pas disposés à adopter ces modifications.

Il estime que la nouvelle loi est inutile, car le gouvernement dispose déjà de tous les outils nécessaires pour protéger la laïcité.

Le gouvernement du Québec n’avait pas répondu à une demande de commentaires au moment de la publication.

Un événement qui attire

John Zucchi, directeur national de Communion and Liberation Canada, organisateur de la procession du Chemin de croix de Montréal, a indiqué que les organisateurs communiquent toujours avec la police au sujet de l’événement, mais qu’on leur a dit par le passé qu’il n’était pas nécessaire d’en informer la Ville.

Il a précisé que l'événement de l'année dernière a attiré près de 1000 personnes, qui marchent en silence derrière une personne portant un crucifix vers différentes églises, où ont lieu des chants, des lectures de l'Évangile et des poèmes.

Contrairement à de nombreux événements religieux, la fréquentation a augmenté ces dernières années et le nombre de participants a pratiquement doublé depuis la pandémie de COVID-19, selon lui.

«Je pense que les gens sont touchés par la sobriété de l’événement, par sa simplicité et par la dignité tranquille qui l’entoure, a-t-il souligné. Ce n’est pas censé être bruyant ou tapageur. C’est une méditation du début à la fin.»

M. Zucchi dit partager les vues des chefs religieux qui s’inquiètent de la loi, mais ne s’inquiète pas encore de son impact sur la marche à Montréal.

«Nous n’avons rencontré que de la bonne volonté de la part de la Ville, des services de police (…) et nous comptons sur cette bonne volonté à l’avenir», a-t-il assuré.

Il s’est également interrogé sur ce qui serait considéré comme une «prière publique».

«Dans le cas d’une procession en silence, qu’est-ce qui constitue une prière ?» s'est-il demandé.

Morgan Lowrie, La Presse Canadienne

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