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Selon une étude suédoise

Les écrans pourraient interférer avec le développement du cerveau

durée 12h00
26 juin 2026
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Par La Presse Canadienne

Les jeunes guppys qui ont pu observer et interagir avec des poissons vivants ont développé un cerveau plus volumineux que ceux qui n'ont vu d'autres poissons que sur un écran, a constaté une équipe suédoise.

Cette étude s'ajoute à la littérature qui suggère déjà que le développement normal du cerveau puisse être altéré par la place de plus en importante qu'occupent les interactions virtuelles passives, par le biais d'un écran, comparativement aux interactions en personne.

«C'est l'une des rares études expérimentales à avoir réellement testé cette hypothèse et à avoir démontré que les interactions sociales ont effectivement un effet dans ce sens, a dit la première auteure de l'étude, l'étudiante aux cycles supérieurs Olivia Carmstedt, que La Presse Canadienne a rejointe en Suède.

«Il existe de nombreuses théories évolutionnistes selon lesquelles les interactions sociales seraient un facteur déterminant de la taille du cerveau ainsi que de divers aspects de la cognition, mais peu d'études ont pu démontrer l'existence d'un lien de causalité. C'est donc en ce sens que cette étude est novatrice.»

Les chercheurs ont soumis, pendant vingt jours, des groupes de jeunes guppys à trois environnements différents: avec un contact visuel avec des poissons vivants; avec des enregistrements vidéo de poissons sur un écran; ou avec des contacts sociaux très limités.

Les poissons qui ont eu des contacts avec d'autres poissons vivants ont développé un cerveau 6 % plus gros que celui des poissons qui avaient vu leurs congénères uniquement sur un écran.

Ces poissons présentaient également des bulbes olfactifs relativement plus volumineux, une région cérébrale importante notamment pour le traitement des informations sociales. Les cerveaux des poissons qui n’avaient vu d’autres poissons que sur un écran ressemblaient davantage à ceux des poissons ayant eu une exposition sociale minimale qu’à ceux des poissons ayant eu des contacts sociaux en direct, a-t-on précisé par voie de communiqué.

Aucune différence n'a été notée entre les trois groupes lors d'un test cognitif, ce qui laisse entendre que certains aspects du développement cérébral pourraient être plus sensibles à l'expérience sociale que d'autres.

«Nos résultats apportent une confirmation expérimentale du rôle joué par l’interactivité sociale au cours du développement dans le façonnement de la morphologie cérébrale, écrivent les auteurs. Les individus élevés dans un environnement social interactif en direct ont développé un cerveau et des bulbes olfactifs relativement plus volumineux que ceux élevés dans un environnement social non interactif via un écran.»

Ces résultats, poursuivent-ils, «vont dans le sens des préoccupations croissantes selon lesquelles une exposition non interactive via un écran pourrait ne pas fournir les stimuli nécessaires à un neurodéveloppement normal».

Autrement dit, à la lumière de ces résultats, on peut craindre qu'un cerveau dont les interactions sociales sont principalement virtuelles et non interactives ne se développera pas normalement.

Mais avant de conclure que ce qui se produit chez le poisson n'est peut-être pas trop inquiétant pour l'humain, les chercheurs soulignent que «ces résultats observés chez les poissons pourraient trouver un écho dans des travaux récents menés chez l'homme, qui ont mis en évidence les effets de l'augmentation remarquable, observée ces dernières années, de la part des interactions sociales se déroulant par l'intermédiaire d'écrans et de réseaux sociaux».

«Cette tendance suscite des inquiétudes croissantes quant au fait que le 'temps passé passivement devant un écran' se substitue aux interactions en face-à-face, ce qui pourrait avoir des répercussions sur le développement cérébral, entraîner des déficits cognitifs et provoquer des modifications structurelles dans le cerveau en développement», poursuivent les auteurs de l'étude.

Dans l'ensemble, soulignent les chercheurs suédois, «nos résultats suggèrent que l'exposition sociale non interactive via un écran pourrait ne pas solliciter suffisamment les systèmes sensoriels liés à la vie sociale, ce qui renforce l'idée que les signaux sociaux transmis par un écran ne suffisent pas à eux seuls à favoriser un développement cérébral normal».

«Ce constat concorde avec des études menées chez l'homme qui montrent que les jeunes enfants ont du mal à tirer des enseignements de l'exposition sociale via un écran», rappellent-ils.

Et si les travaux précédents étaient essentiellement corrélationnels, sans lien de causalité évident, la nouvelle étude apporte «des preuves expérimentales étayant l'existence d'un lien entre une interactivité réduite dans les environnements sociaux et un développement cérébral altéré chez un vertébré vivipare».

Il existe en effet de nombreuses études corrélationnelles qui mettent en évidence des tendances similaires chez l'humain, a rappelé Mme Carmstedt.

Ainsi, a-t-elle dit, «une augmentation du temps passé devant la télévision au début de l’adolescence et pendant l’enfance est associée à une diminution du volume de la matière grise, mais aussi de celui de la matière blanche».

«Cependant, les études corrélationnelles présentent toujours un inconvénient : il est impossible d’établir un lien de causalité, c’est-à-dire de prouver que le temps passé devant les écrans est la cause de ces changements, a dit Mme Carmstedt. C’est pourquoi il est très important de mener des études qui testent explicitement cette hypothèse dans un cadre expérimental, comme nous l’avons fait ici.»

Bien que différents d'un point de vue taxonomique, «les résultats obtenus avec notre modèle méritent certainement d'être pris en compte chez d'autres organismes, y compris l'être humain», estiment les chercheurs.

Les auteurs précisent enfin que «ces résultats ne montrent pas que toute utilisation d'écrans soit nocive. Au contraire, l'étude souligne l'importance des expériences sociales interactives au cours du développement».

Les conclusions de cette étude ont été publiées par la revue scientifique Biology Letters.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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