Selon une nouvelle étude britannique
Il faut entrecouper les périodes assises de moments d'activité
Entrecouper les longues périodes passées en position assise de brefs épisodes d'activité pourrait permettre de mitiger l'impact néfaste de la sédentarité sur la santé, suggère une nouvelle étude britannique.
En bref, les chercheurs ont constaté que chaque heure supplémentaire passée quotidiennement en position assise augmente le risque de cancer et de mortalité associée au cancer. Rester assis pendant plus de trente minutes consécutives était particulièrement associé à un risque de cancer plus élevé.
Le risque recule toutefois si on interrompt ces longues périodes de sédentarité par de brèves pauses actives.
«L'étude montre que si on reste assis pendant deux ou trois heures devant un film, c'est encore pire pour notre santé, a résumé le professeur Jean-Philippe Chaput, de l’Institut de recherche du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario. Il faut donc briser le comportement sédentaire le plus possible.»
Les chercheurs ont analysé des données provenant de quelque 91 000 participants à la vaste étude UK Biobank, un projet à long terme qui suit l'évolution de la santé d'un demi-million de Britanniques.
L'âge moyen des participants était de 56 ans et aucun n'avait d'antécédents de cancer. Chacun a porté un accéléromètre pendant sept jours afin de mesurer son niveau quotidien d'activité physique, sur une échelle allant de la sédentarité à une activité physique vigoureuse. Leur santé a ensuite été suivie pendant une douzaine d'années.
Sans grande surprise, les chercheurs ont constaté que la sédentarité était associée aux pires impacts sur la santé, y compris ceux liés au cancer. Chaque heure supplémentaire passée chaque jour en position assise augmentait ainsi le risque de mortalité due au cancer de 9 %. L'incidence de cancer augmentait de 3 %, tandis que l'incidence de cancers liés à l'obésité ou au diabète de type 2 grimpait de 5%.
Toutefois, chaque heure de sédentarité interrompue par une pause active réduisait de 6 % l'incidence de cancer et de 18 % le risque de mortalité due au cancer. L'incidence des cancers liés à l'obésité ou au diabète de type 2 chutait respectivement de 9 % et de 10 %.
Enfin, le remplacement d'une heure de sédentarité prolongée par jour par une activité physique modérée a été associé à une réduction de 12 % du risque de mortalité par cancer et à une baisse de 6 % de l'incidence du cancer.
Toutes les 30 à 60 minutes
«Nous avons mis en évidence des différences significatives entre la sédentarité prolongée et la sédentarité intermittente, écrivent ainsi les auteurs. Un temps plus long passé en sédentarité prolongée était associé à un risque plus élevé de développer divers types de cancers, tandis qu’un temps plus long passé en sédentarité intermittente était associé à un risque plus faible.»
Le fait de remplacer la sédentarité prolongée par une activité physique supplémentaire était associé à une réduction additionnelle du risque, même si cette activité physique était d’intensité légère, ajoutent-ils.
Ces résultats, poursuivent les auteurs, «suggèrent que les effets sur la santé du comportement sédentaire pourraient dépendre non seulement de la durée totale de sédentarité, mais aussi du fait que cette durée soit accumulée sous forme de périodes prolongées ou entrecoupées d’activité».
Ce schéma est, selon eux, «biologiquement plausible», puisque «des études expérimentales ont montré que le fait d’interrompre une position assise prolongée par de courtes périodes d’activité peut améliorer les réponses métaboliques par rapport à une position assise ininterrompue».
«Il a (aussi) été démontré que les comportements sédentaires prolongés favorisent une inflammation chronique de faible intensité et entravent le bon fonctionnement du système immunitaire», disent les chercheurs, qui rappellent qu'il s'agit d'une étude observationnelle qui ne démontre aucun lien de causalité.
Les experts ne s'entendent pas sur la période de sédentarité ininterrompue à partir de laquelle on commence à avoir un impact néfaste sur la santé, mais cette étude montre que les problèmes commencent à apparaître à partir de trente minutes, a dit le professeur Chaput, qui souligne que les résultats de cette étude concordent avec les Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures.
Il faudrait donc, idéalement, se lever et bouger toutes les trente à soixante minutes, a-t-il dit.
«Ça ne veut pas dire sortir courir dehors, mais juste de passer de la position assise à la position debout, ça semble être bon pour la circulation sanguine et pour les indicateurs de notre santé», a indiqué le professeur Chaput.
Astuces pour bouger
Différentes stratégies peuvent être adoptées pour ne pas oublier de bouger régulièrement, poursuit-il. Il mentionne notamment le fait de boire beaucoup d'eau, puisqu'il faudra bien éventuellement se lever pour aller éliminer tout ce liquide.
On peut aussi programmer des alarmes sur notre téléphone portable, tandis que des logiciels comme BreakTimer peuvent être installés pour «paralyser» notre ordinateur à intervalles réguliers.
«Les études montrent que d'un point de vue biologique, lorsqu'on reste assis pendant trente minutes, on voit une moins bonne régulation de notre glucose sanguin, a rappelé le professeur Chaput. Les taux d'insuline augmentent aussi, (on voit une) accumulation de graisse dans les organes, comme le foie, les muscles, le pancréas, par exemple, des marqueurs de l'inflammation augmentent et autres.»
L'important, poursuit-il, est d'adopter une vision globale de la santé. Une journée pendant laquelle on ne bouge pas du tout pendant dix heures n'est pas la fin du monde, pas plus que ne le seraient une nuit où on dort moins bien ou un repas pris dans un établissement de restauration rapide.
Mais si ces comportements se répètent et deviennent habituels, «c'est de l'effet chronique qu'il faut s'inquiéter», a conclu le professeur Chaput.
Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal PLOS Medicine.
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Sur internet:
https://directivesscpe.ca/directives/adultes_18-64/
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne
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