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Chaire de recherche du Canada

De longues heures passées devant la télévision pourraient nuire au cerveau

durée 18h00
5 août 2026
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Par La Presse Canadienne

Les individus qui passaient de longues heures devant la télévision en milieu de vie présentaient ensuite une diminution du volume dans les zones cérébrales associées à la mémoire; des lobes frontaux et occipitaux plus petits; ainsi que des lésions de la substance blanche liées au vieillissement, au risque d'AVC, au déclin cognitif et à la démence, prévient une nouvelle étude.

L'étude n'a pas trouvé les mêmes associations avec d'autres formes de sédentarité. Cela porte à conclure, selon les auteurs, qu'il ne suffit probablement pas de se préoccuper du temps de sédentarité des gens: ce qu'ils font pendant qu'ils sont physiquement inactifs semble aussi être important.

«C'est très intéressant parce que c'est le problème de la causalité inversée, a commenté la titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neuroscience cognitive du vieillissement et plasticité cérébrale de l’Université de Montréal, la professeure Sylvie Belleville.

«Est-ce que les gens qui commencent à avoir des problèmes cognitifs vont limiter leurs activités, ou est-ce que ce sont les activités qui ont un impact sur le cerveau ou la cognition? Comme ici on a un très long recul, on peut être un peu plus confiants (...) que ce sont vraiment les activités qui semblent avoir un effet sur la structure du cerveau.»

Les résultats sont tirés de questions posées à 1700 personnes qui ont participé à une vaste étude américaine entre 1987 et 1989. On leur avait alors notamment demandé 1), à quelle fréquence ils écoutaient la télévision pendant leurs temps de loisir, sur une échelle allant de rarement/jamais à très souvent; et 2), combien de temps ils passaient assis au travail.

Une imagerie par résonance magnétique réalisée vingt ans plus tard a trouvé des différences importantes dans le cerveau des individus, selon qu'ils étaient ou non de grands amateurs de télévision.

Ces différences étaient particulièrement notables chez les hommes et elles persistaient même en tenant compte de facteurs comme l'indice de masse corporelle, le tabagisme, la consommation d'alcool ou encore le diabète.

«Nos résultats indiquent qu'une consommation fréquente de télévision était associée à des effets néfastes sur la structure cérébrale, notamment une diminution du volume cortical dans les régions liées à la maladie d'Alzheimer et une augmentation du volume des lésions de la substance blanche», écrivent ainsi les auteurs.

Les résultats indiquent également que le fait de regarder la télévision, mais pas le fait de rester assis pendant le travail, «est un facteur prédictif majeur du volume des hypertesences de la substance blanche, un marqueur de la maladie cérébrovasculaire des petits vaisseaux et un facteur prédictif connu du déclin cognitif», disent les chercheurs.

Les auteurs de l'étude soulignent toutefois qu'ils ne disposaient pas d'images par résonance magnétique de base, à des fins de comparaison, et que les données auto-rapportées (comme c'était le cas pour le temps consacré à la télévision) peuvent être moins fiables que des données colligées autrement.

Les bienfaits des tâches complexes

Cela étant dit, le cerveau des individus qui passaient de longues heures assis au bureau semblait en meilleure santé que celui des amateurs de télévision, possiblement en raison de la nature stimulante des tâches professionnelles.

«(L)e fait de rester assis au travail était lié à des volumes corticaux plus élevés dans plusieurs régions, notamment celles souvent considérées comme importantes pour les fonctions exécutives supérieures», précisent les chercheurs.

Une sédentarité occasionnelle au travail «peut correspondre à des tâches sédentaires exigeantes sur le plan cognitif, telles que la lecture ou la résolution de problèmes, susceptibles d’avoir des effets neuroprotecteurs», poursuivent-ils.

La position assise au travail était aussi associée «de manière positive au volume du pôle frontal droit, une région impliquée dans la mémoire prospective, la planification et le raisonnement abstrait», potentiellement parce que «la position assise pendant les heures de travail s’inscrit souvent dans des contextes exigeants sur le plan cognitif et implique un engagement cognitif soutenu, un comportement orienté vers un objectif et une prise de décision».

À l’inverse, poursuivent les auteurs, «le fait de regarder fréquemment la télévision a été associé à des volumes plus faibles dans les régions impliquées dans le traitement visuel, la régulation des émotions, le contrôle cognitif, le langage et le réseau par défaut».

«Ces associations réparties suggèrent qu’une position assise passive prolongée pourrait être liée à des différences structurelles à l’échelle d’un réseau étendu plutôt qu’à un système unique, reflétant potentiellement une réduction de l’engagement cognitif et un risque vasculaire cumulatif affectant de multiples circuits neuronaux», écrivent les chercheurs.

Privilégier un mode de vie actif

Cependant, rappellent les auteurs de l'étude, «une position assise prolongée peut entraîner des conséquences physiologiques néfastes, telles qu’une diminution du débit sanguin cérébral et de l’efficacité neuronale, même lors d’activités sédentaires exigeantes sur le plan cognitif».

«Cette hypothèse concorde avec les données indiquant que le fait d’interrompre de longues périodes de sédentarité améliore les performances cognitives, en particulier au niveau des fonctions exécutives», disent-ils.

Cela est d'autant plus intéressant, selon Sylvie Belleville, que l'étude a été réalisée auprès de gens d'âge moyen qui ne sont pas encore à la retraite et qui ont donc le temps «d'adopter de nouvelles activités qui sont peut-être plus favorables à notre cerveau».

Un emploi, rappelle-t-elle, nous accapare huit ou neuf heures par jour. Quand il disparaît, on se retrouve subitement avec beaucoup de temps sur les bras à occuper. La télévision peut alors être appelée à combler un espace laissé libre.

«C'est quelque chose (la télévision) qui prend une grande place dans notre vie, a dit Mme Belleville. C'est pour ça que ce n'est pas étonnant que ça ait autant d'impact. Par ailleurs, quand on est à la retraite, il faut avoir accès à des activités qui soient intéressantes aussi et qui soient faciles d'accès.»

Et si on voulait raffiner encore un peu plus le savoir, poursuit-elle, on pourrait se demander si tout le contenu télévisuel a le même impact sur le cerveau: est-ce qu'une émission de téléréalité insipide est comparable, par exemple, à un documentaire qui nous apprend des choses ou à un débat entre experts?

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le réputé journal médical Alzheimer's & Dementia.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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